Des nouvelles du programme ARCHEAPOT "ARCHEologie de l'Artisanat POTier vinicole en Narbonnaise centrale (2016-2020)"

 

S. Mauné, R. Bourgaut, avec des contributions de J.-Cl. Bessac, Ch. Carrato, L. Chabal, A. Chartrain, Ph. Dufresne, G. Fabre, Ph. Lanos, H. Savay-Guerraz, A. Schmitt, Ch. Vaschalde, G. Vincent, Contours (Saint-Pargoire, Hérault, France). Recherches pluridisciplinaires sur un atelier d’amphores de Gaule Narbonnaise (fin du Ier s. av. J.-C.-déb. du IIIe s. ap. J.-C.)Monographie d’Archéologie Méditerranéenne 40, Montpellier 2020, 364p.

 

 

C’est dans le cadre du programme ARCHEAPOT "ARCHEologie de l'Artisanat POTier vinicole en Narbonnaise centrale (2016-2020)" du LabEx Archimede-Montpellier qu’à été réalisée cette monographie d’un atelier de potiers qui a fonctionné entre la fin du Ier s. av. J.-C. et le début du IIIe s. ap. J.-C. Ce programme avait pour objectif de finaliser par une série de recherches archéomagnétiques, architecturales et anthracologiques, l'étude des fours à amphores vinaires de plusieurs ateliers de potiers situés dans la vallée de l'Hérault (cité de Béziers). Après l’article monographique consacré à l’atelier de l’Estagnola (Aspiran) publié en 2018 dans le dossier de la Revue Archéologique de Narbonnaise 50-51 « Recherches récentes sur les ateliers de production et les amphores vinaires de Gaule Narbonnaise et de Tarraconaise » (dir. S. Mauné, F. Bigot et S. Corbeel ; Actes de la table-ronde d’Aspiran, 24-25 mars 2016, Montpellier 2017-2018, 259 p.) cet ouvrage vient clore ce travail collectif qui a réuni une petite dizaine de chercheurs de l’UMR5140 ASM et de l’UMR5554 ISEM de Montpellier.

 

Situé à la limite de la vallée de l’Hérault et de la Terminaison occidentale de la Garrigue de Montpellier, l’atelier de potiers de Contours a bénéficié en 2004 d’une fouille programmée qui a permis de mettre au jour des fours, des bassins pour le traitement de l’argile ainsi que des vestiges de bâtiments utilisés entre l’époque augustéenne et la fin du Haut-Empire. L’atelier qui couvrait une surface globale de 8000 m2 a produit des matériaux de construction, tuiles essentiellement, un peu de céramiques à pâte claire pour la préparation et le service et surtout des amphores vinaires régionales, imitations de modèles fuselés de tradition méditerranéenne et types ovoïdes à fond plat parfaitement intégrés au corpus des amphores de Narbonnaise dites « Gauloise ».

L’analyse des données archéologiques locales recueillies lors de prospections et de fouilles réalisées dans les années 1990 fait supposer que l’installation de cet atelier aux confins nord-orientaux de la colonie romaine de Béziers, à proximité de sa frontière avec les territoires arécomiques de Samnaga (Murviel-lès-Montpellier) et de Forum Domitii (Montbazin), est liée à la présence d’une forêt publique, peut-être exploitée dans le cadre juridique spécifique d’agri occupatorii, c’est-à-dire de terres de confins non cadastrées et qu’il était possible d’exploiter sans contraintes fiscales. La chronologie de l’atelier a été établie grâce au logiciel Chronomodel© par le croisement des informations chronostratigraphiques, des résultats des études céramologiques ainsi que des datations archéomagnétiques et des C14 effectués sur les fours. La dynamique de l’atelier sur plus de deux siècles a ainsi pu être restituée et se singularise par la présence, dès la phase ancienne (dernier tiers du Ier s. av. J.-C./début du Ier s. ap. J.-C.) de fours de taille imposante.

Sont ensuite exposés les résultats des observations réalisées sur la chaine opératoire, depuis les bâtiments qui abritaient les potiers, en passant par les fosses d’extraction d’argile, les bassins de traitement de l’argile et les fours. Ces derniers ont fait l’objet de descriptions uniformisées et approfondies, en particulier les cinq grands fours circulaires superposés qui constituent une étude de cas méthodologique d’un grand intérêt. Ces descriptions et analyses constituent la base de réflexions portant sur l’histoire des techniques, avec la question de l’origine et de la diffusion des fours à double alandier et double couloir de chauffe et aboutissent à des évaluations chiffrées des capacités de production en amphores de l’atelier. Est ensuite proposée une réflexion sur les rapports entre la production annuelle d’amphores de Contours, la surface de vigne correspondante et la capacité de stockage vinicole d’établissements ruraux proches, explorés par le biais de fouilles extensives. In fine, une étude anthracologique consacrée à la question du combustible et à la gestion des espaces boisés est proposée et aboutie également à des estimations chiffrées de la superficie couverte par ces derniers.

La dernière partie de cette monographie est ensuite dévolue à l’étude des productions de l’atelier (amphores et céramiques à pâte claire) et à leur chronologie, à travers la céramologie et l’archéométrie (analyses physico-chimiques) et replace ces données dans une perspective provinciale élargie.

La conclusion enfin permet de s’interroger sur les spécificités de cet atelier et sur l’apport de son étude pluridisciplinaire pour la connaissance des structures socio-économiques de Gaule Narbonnaise.