• Le programme VÉgA, Vocabulaire de l'Égyptien Ancien

    (anciennement DPEA « Dictionnaire Permanent de l’Égyptien Ancien »)

Responsable du programme : Frédéric SERVAJEAN (PR, Université Paul Valéry - Montpellier 3)

 

Placé sous la direction scientifique de Frédéric Servajean, le programme a pour ambition de réaliser l’outil numérique DPEA (Dictionnaire Permanent de l’Égyptien Ancien) destiné à remplacer le grand dictionnaire allemand de l’Académie de Berlin publié de 1925 à 1931, encore largement utilisé aujourd’hui, faute de mieux, mais devenu obsolète.

Depuis plusieurs années, l’équipe ENiM (Égypte Nilotique et Méditerranéenne) de l’UMR 5140, Archéologie des Sociétés Méditerranéennes (ASM), se consacre dans son axe de recherche n° 5 – Dictionnaire égyptien ancien-français – à la réalisation du premier dictionnaire général de l’égyptien ancien en langue française depuis le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion en 1822, plus précisément au travail purement lexicographique permettant l’élaboration de ce nouveau dictionnaire. Avec un souci d’exhaustivité et sur des fondements épistémologiques actualisés, les chercheurs procèdent à l’évaluation des travaux lexicographiques plus anciens et au dépouillement des références lexicographiques regroupées par ce dernier depuis plusieurs décennies, en se fondant sur un protocole de validation lexicographique clair et scrupuleux scientifiquement. Un premier fascicule papier (test) de 150 pages a vu le jour (2010) et a été soumis à expertise internationale.

Dans ce cadre purement lexicographique, le programme DPEA vise essentiellement deux objectifs. Le premier est la création d’un outil en ligne, constamment mis à jour par l’ajout de nouveaux mots provenant de textes inédits et corrigé à partir des études lexicographiques les plus récentes. Il regroupera les mots, les syntagmes, les références, les graphies exactes et les reproductions des textes concernés. L’outil DPEA permettra de sélectionner l’information grâce à une interface graphique permettant la sélection de l’information retenue et supprimant le reste, avec, par conséquent, des gains de temps considérables mais aussi des mises en relation fécondes que les outils papier permettent difficilement. La manipulation du DPEA se fera en fonction de critères scientifiques prédéfinis par l’utilisateur. La masse importante et dispersée des publications se retrouvera synthétisée et actualisée dans le DPEA. Le deuxième objectif visé est l’ouverture à tous les types de public. L’information sera, par conséquent, hiérarchisée en fonction de l’utilisation qui sera faite du DPEA. Cet outil numérique, issu des technologies les plus récentes et actualisé en permanence, se situera au cœur de l’égyptologie pour les décennies à venir. Ces objectifs seront atteint par un travail interdisciplinaire croisant les recherches d’égyptologues, de spécialistes des interfaces numériques et d’informaticiens.

L’égyptologie est une discipline dans laquelle l’épigraphie occupe une place cardinale. Chaque année, les fouilles, les publications de textes inédits apportent leur lot de nouveaux textes consignant de nouveaux mots, voire des mots déjà attestés mais véhiculant des nuances de sens nouvelles. Le programme Dictionnaire égyptien ancien-français et son corollaire, le DPEA, se situent donc au cœur des recherches de l’équipe ENiM. Chaque axe de recherche, au-delà de ses résultats propres, contribue à alimenter le Dictionnaire égyptien ancien-français, qui fournira la matière première du DPEA. Il en va de même pour les autres équipes d’égyptologie qu’elles soient nationales ou internationales, qui dialoguent déjà à ce propos avec l’équipe ENiM.

La langue qui fut parlée en Égypte durant l’Antiquité est une langue morte. Nous ne disposons que de sources écrites. Celui qui élabore un dictionnaire de l’égyptien ancien est confronté, seul, à une masse de textes qui posent de multiples problèmes de traduction. Durant ses trois mille ans d’existence, cette langue a utilisé une quantité incertaine de mots. Seuls, environ 25 000 sont parvenus jusqu’à nous. C’est un chiffre faible comparé au grec qui en a employé des centaines de milliers. Chaque année, la publication de nouveaux textes apporte des exemples de mots nouveaux, rares ou mal connus qui peuvent modifier, parfois de façon considérable, la compréhension que nous avons de tel ou tel mot, en faisant ainsi progresser la connaissance du lexique. La langue égyptienne antique utilise une écriture particulière : les hiéroglyphes. Leur nombre exact est inconnu. En théorie, ce nombre est illimité, chaque scribe pouvant « inventer » un signe et être compris par son lecteur ; ceci, parce que les hiéroglyphes représentent des êtres et des objets que le lecteur reconnaît immédiatement. En pratique, leur nombre est mathématiquement fini puisque, l’antique Égypte n’existant plus, la création de signes a cessé. Toutefois, comme pour les mots, la publication de textes nouveaux fait connaître des signes non répertoriés. L’égyptologie n’a jamais entrepris de constituer un inventaire permanent des hiéroglyphes. 
Tandis que la documentation nécessaire au dictionnaire était collectée, a commencé à être dressé un inventaire des signes connus comme outil complémentaire à l’étude du vocabulaire actuellement en cours de développement (Inventaire Permanent des Hiéroglyphes [IPH]) dans le cadre du projet DPEA). Parallèlement aux hiéroglyphes, les Égyptiens de l’Antiquité ont utilisé deux types d’écritures cursives : le hiératique et le démotique. Le hiératique coexiste avec les hiéroglyphes pendant toute la durée du paganisme, depuis les origines de l’écriture jusqu’à la disparition des hiéroglyphes. Les signes hiératiques sont des simplifications : à chacun d’entre eux correspond un hiéroglyphe. Le démotique n’apparaît qu’au VIIe siècle avant notre ère ; ses caractères sont eux-mêmes des simplifications du hiératique ; la correspondance exacte entre les caractères démotiques et les signes hiéroglyphiques s’efface. Il s’agit d’une rupture culturelle majeure. En s’inspirant de ce que les Égyptiens eux-mêmes en disaient, les Grecs ont bien différencié les hiéro-glyphes et le hiéra-tique, écritures sacrées, et le démo-tique, écriture populaire. À partir de la fin du Ier siècle de notre ère, l’antique langue égyptienne commence à être écrite avec des lettres inspirées de l’alphabet grec : c’est le copte. C’est là la seconde rupture culturelle. 
De ce fait, il y a trois sortes de dictionnaires possibles : le dictionnaire de l’égyptien ancien (hiéroglyphes et hiératique), le dictionnaire démotique et le dictionnaire copte. Ils sont chacun porteurs d’une nuance culturelle distincte, même s’ils possèdent du vocabulaire en commun.

Pris individuellement, aucun dictionnaire ou lexique ne donne l’état actuel de nos connaissances dans le domaine lexical, soit parce qu’il est ancien, soit qu’il reproduise les traductions anciennes sans véritablement les contrôler. Toute recherche personnelle doit nécessairement croiser les informations de plusieurs ouvrages, dont la quantité et la nature doivent être appréciées en fonction du but recherché. À ce jour, le plus important d’entre eux reste le dictionnaire de Berlin : A. Erman, H. Grapow, Wörterbuch der aegyptischen Sprache (5 volumes, Leipzig, 1925-1931) ; id., Wörterbuch der aegyptischen Sprache. Die Belegstellen (5 volumes, Leipzig, 1935-1959). Il s’agit de la somme absolue que l’on doit toujours consulter en priorité. Même si l’information que ce travail contient reflète un état des connaissances lexicales antérieur à la Première Guerre mondiale, son autorité n’a pas faibli, faute de mieux. Plusieurs fois réimprimé, cet ouvrage est aujourd’hui épuisé (version pdf sur http://aaew2.bbaw.de/tla/index.html). Aucun travail ultérieur ne parvint à l’ampleur et à la qualité du Wörterbuch, les dictionnaires généraux parus depuis lors étant d’une qualité moindre. Il existe, en outre, des dictionnaires se rapportant à un état de l’égyptien hiéroglyphique, langue archaïque, moyen-égyptien, néo-égyptien, démotique. Cependant, ces ouvrages, le plus souvent, n’ont pas dépouillé l’ensemble des textes disponibles, les auteurs se cantonnant à un monument ou à un ensemble homogène de textes sans tenir compte du reste de la documentation. À côté de ces dictionnaires, on trouve des ouvrages plus spécialisés sur le vocabulaire de tel ou tel aspect de la civilisation de l’Égypte ancienne, médecine, minéraux, botanique, etc. Ces ouvrages sont indispensables d’un point de vue lexicographique. Certains de ces dictionnaires sont accessibles en version pdf sur plusieurs sites (par exemple, http://www.lexilogos.com/english/hieroglyphs_dictionary.htm).

Les choix ayant présidé à l’élaboration de ces sites ne sont pas des choix scientifiques, les auteurs ne tenant nullement compte de l’état actuel de la recherche. Ainsi, certains des dictionnaires les plus récents n’ont pas été mis en ligne, d’autres n’étant plus utilisés par les professionnel car dépassés l’ont été. Ce site n’offre donc aucune des garanties scientifiques nécessaires à toute recherche.

Aucun de ces sites n’a tenté de fabriquer un véritable outil numérique, c’est-à-dire pleinement consacré à la lexicographie, sauf le Thesaurus Linguae Aegyptiae (http://aaew2.bbaw.de/tla/). Cette tentative a échoué aussi bien du point de vue des méthodes scientifiques de validation lexicographique que du point de vue de l’outil informatique dont l’ergonomie, inadaptée, ne tient compte ni de la spécificité des caractères hiéroglyphiques (nombre inconnu et évolution avec le temps) ni du problème de l’unicode. On le voit bien, la dispersion a nui à la possibilité de créer un véritable dictionnaire.

La communauté scientifique égyptologique se trouve aujourd’hui face à un double défi : défi scientifique car l’outil principal de la discipline est devenu obsolète, la communauté scientifique ne disposant plus d’un outil adapté, et le traitement de la documentation exigeant de fonder le travail sur des bases nouvelles ; défi technologique car la réalisation d’un outil en ligne exige de préparer la documentation épigraphique aux contraintes du numérique. Se posent ainsi le problème d’un unicode adapté au nombre de hiéroglyphes largement supérieur à la plage actuellement disponible et celui de la création de polices hiéroglyphiques débouchant sur l’enregistrement de brevets.

Un tel programme ne peut être réalisé que par une équipe, et non par un chercheur isolé, avec un souci d’exhaustivité. C’est le travail des chercheurs du programme Dictionnaire Permanent de l’égyptien ancien-français du LABEX Archimede.

Site Internet du projet VÉgA

 

« Karnak : projet d’index global des inscriptions des temples de Karnak »

Lié au DPEA, le projet « Karnak » de l’USR 3172-CFEETK vise à développer un outil ayant pour objet l'indexation du vocabulaire de toutes les inscriptions hiéroglyphiques gravées sur les parois des temples de Karnak. Cette base de données a pour but de présenter l'ensemble du glossaire, les noms royaux et épithètes royales, les divinités et épithètes divines, les toponymes et ethniques attestés dans les inscriptions de Karnak. Si de nombreux textes sont déjà publiés, parfois anciennement, un plus grand nombre encore de documents demeure à ce jour inédit. Aucun outil ne permet actuellement de dégager de cette masse de textes des éléments aussi importants que les divinités ou les souverains attestés. Ce manque est d'autant plus crucial pour le vocabulaire égyptien ancien. Une indexation systématique des textes hiéroglyphiques rendra donc accessible l'ensemble du vocabulaire contenu dans les inscriptions. Ce travail permettra en outre de collationner in situ les anciennes publications et de proposer à la communauté scientifique internationale le glossaire des textes encore inédits ou en cours de publication.

Site Internet du projet "Karnak"