Axe 4 :

REPRESENTATIONS SYMBOLIQUES : la Mort, les Morts, les Rites.

Coordonnateur de l’axe : Éric GAILLEDRAT (DR-HDR, CNRS)

 

Les représentations symboliques témoignent des aspects les plus profonds des sociétés humaines. Ferment d’unité, elles s’inscrivent dans la longue durée tout en étant perméables aux changements et donc sujettes à des évolutions : leur étude permet d’identifier des continuités comme des ruptures. Toutes ces représentations symboliques immatérielles sont désormais appréhendées non seulement à travers l’analyse des sources écrites – littéraires et épigraphiques – mais aussi dans leurs aspects matériels, grâce au développement de l’Archéologie funéraire et celui, plus récent, de l’Archéologie du Rite. Ces nouvelles branches de la recherche ont de fait montré à quel point l’étude précise des traces laissées par l’exercice des rites – que ces derniers soient liés à des pratiques cultuelles ou à des pratiques funéraires – pouvait enrichir la connaissance des sociétés anciennes.

Pour tenir compte de la totalité des données, les approches interdisciplinaires sont nécessaires dans ce domaine, entre histoire et archéologie, entre épigraphie et linguistique, entre archéologie et anthropologie. Le croisement des résultats issus de disciplines spécifiques mais complémentaires – non seulement Histoire et Archéologie mais aussi Anthropologie biologique, Ethnologie, Sociologie, Archéozoologie, Epigraphie, Carpologie, etc –  permet d’apporter un éclairage nouveau sur les hypothèses posées, et au-delà sur l’appréhension des Sociétés du Passé.

Cet axe comporte évidemment deux grands volets :

- les pratiques rituelles qui se développent dans des espaces consacrés, du simple dépôt d’objet aux sanctuaires, avec tous les différents cultes qui peuvent s’exercer et les objets qui détiennent une charge symboliques (objets votifs, statuaire, etc)

- les pratiques funéraires, qui constituent un domaine de recherche spécifique – même si la définition proposée ci-dessus peut les englober – tant le Monde des Morts est une composante fondamentale de toute société.

 

Pratiques funéraires

La gestion des Morts est sans conteste une des préoccupations majeures des communautés humaines, à écriture ou sans écriture. Le devenir du cadavre peut ainsi prendre des formes diverses : inhumation, momification, incinération, etc. Tous les défunts n’ont par ailleurs pas tous droit au même traitement : différences selon les âges, le sexe et le statut social (politique, ploutocratique, religieux) ; mais aussi selon les conditions du décès : bonnes morts et mauvaises morts impliquent des comportements distincts, voire des outrages perçus différemment selon les groupes humains. Tout comme le droit ou non à la sépulture “classique” du groupe, l’architecture tient une place importante dans la symbolique funéraire, des structures les plus simples aux constructions les plus monumentales, régulièrement associées au Pouvoir ; même si le “paraître”, comme dans le Monde des Vivants, doit également être envisagé. Car si le Monde des Morts permet aussi d’appréhender le Monde des Vivants, les études ont montré qu’il n’en ait pas le reflet direct.

De nombreux vestiges témoignent de ce monde des Morts : espaces funéraires, sépultures, nécropoles, structures et monuments associés, textes, représentations figurées, rites et pratiques. Cette approche des pratiques funéraires et de ses liens avec le Monde des Vivants a connu des progrès importants, essentiellement par la prise en compte de la raison d’être de la sépulture : le défunt. Dans le même ordre d’idée, l’étude de la monumentalisation de la Mort, évidente dans certains espaces et pour certaines périodes (Égypte pharaonique, Antiquité grecque et romaine), s’est étendue à des espaces et des séquences jusque-là négligés. Cette palethnologie funéraire bénéficie donc de bases solides et permet d’envisager le développement de nouvelles approches, selon des échelles, des espaces et des temps différents. Elle permettra de reprendre des ensembles sépulcraux anciens ou de publier des nécropoles récemment fouillées, en les analysant avec les méthodes et les grilles de lecture les plus actuelles.

 

Pratiques rituelles

L’étude des lieux de cultes et des sanctuaires de la Méditerranée et de l’Égypte anciennes est un champ de recherche particulièrement fécond, qu’il est nécessaire de redynamiser pour le Sud de la France à l’époque protohistorique et romaine. Dans ce domaine, les croisements entre la documentation égyptienne d’une part et les données occidentales d’autre part seront encouragées afin de saisir par exemple la complexité des phénomènes de syncrétisme dans les moments de changements politiques et culturels importants, comme celui de la diaspora grecque ou de la création de l’Empire romain.

Le caractère monumental de certains ensembles ne devra pas masquer la richesse et la diversité des pratiques rituelles quotidiennes, s’exerçant dans un cadre domestique ou communautaire, depuis le Néolithique jusqu’à la fin de l’Antiquité, qui éclairent bien des aspects des sociétés anciennes et peuvent apporter des réponses aux interrogations sur l’identité, sur les liens sociaux et culturels.

Le thème des représentations anthropomorphes à dimension symbolique pourrait être également particulièrement porteur grâce à son caractère diachronique et transversal, avec le phénomène des statues-menhirs au Néolithique, les représentations héroïsées de l’âge du Fer européen, jusqu’aux représentations de divinités et de personnages sacrés en Égypte, en Grèce et à Rome.

Enfin, les recherches sur les pratiques rituelles rejoignent souvent celles conduites sur les pratiques funéraires, que ce soit par rapport aux liens entre le Monde des Morts et celui des divinités, particulièrement bien documenté pour le monde égyptien, ou à travers des traitements particuliers faits à certains défunts qui sont exclus des traitements habituels de la communauté pour être intégrés, suite à des pratiques particulières (décollation, démembrement), à des espaces sacrés.

 

Croisements

Cet axe forme naturellement un complément important aux autres thèmes développés au sein du labex ARCHIMEDE. De fait, les Représentations Symboliques apportent nombre d’éléments permettant de mieux appréhender les manifestations du pouvoir, des premières structurations sociales des communautés jusqu’à l’émergence et l’affirmation de l’État. Pratiques rituelles et pratiques funéraires jouent également un rôle fondamental dans les questions d’identités et témoignent souvent d’échanges matériels, ou spirituels, entre différentes communautés, à travers certaines pratiques et à travers les objets qui sont enfouis avec les défunts ou conservés dans des sanctuaires. Enfin, les lieux voués au sacré et au Monde des Morts marquent l’espace, fixant parfois les limites des territoires ou des cités, et participent ainsi à la construction des paysages par les hommes.

Aussi les projets s’insérant dans cet axe viendront-ils nourrir de manière globale l’Histoire et l’Archéologie de la Méditerranée et de l’Egypte Anciennes.