Axe 3 :

Exploitation du milieu, systèmes économiques, évolutions des milieux exploités autour de la Méditerranée du IVe millénaire av. J.-C. jusqu’à la fin de l’Antiquité

 Coordonnateur de l’axe : Stéphane MAUNÉ (DR, CNRS)

 

Les régions qui bordent la Méditerranée sont soumises depuis environ 8000 ans à une pression anthropique devenue au fil des millénaires plus ou moins intense et irrégulière selon les périodes envisagées. Le début de ce phénomène correspond — avec des différences chronologiques et des décalages géographiques — à l’affirmation du phénomène de sédentarisation qui affecte les groupes humains occupant cette zone du globe entre 6000 calBC et 5000 calBC environ.

Depuis cette époque, les groupes humains ont intensifié l’occupation des sols et l’exploitation des ressources naturelles pour répondre aux besoins alimentaires de plus en plus importants mais également pour dégager des surplus échangeables ou bien produire en série des biens commercialisables. En corolaire et pour des certaines périodes définies notamment le Néolithique final, la fin du Ier Age du Fer ou bien l’époque romaine, cet accroissement général des activités de production et d’échange a pu transformer les paysages et le milieu avec pour conséquence des modifications profondes des équilibres en place. Les données archéologiques, géo-archéologiques et paléoenvironnementales accumulées depuis plusieurs décennies montrent par exemple les liens qui existent entre ces épisodes chronologiques à forte pression anthropique et les fluctuations hydrosédimendaires affectant les zones basses et les embouchures des fleuves et rivières. De la même façon, l’épuisement de ressources locales comme les métaux ou bien certaines roches spécifiques a pu obliger les groupes humains à réorienter leur développement économique et à rechercher de nouvelles sources d’approvisionnement et/ou de revenus. Les évolutions ont donc été considérables et ont imposé une succession d’adaptations de plus en plus rapides et la mise en place de nouvelles stratégies notamment liées à la production de surplus.

Ces recherches reposent sur des analyses stratigraphiques détaillées calées par les données issues des fouilles archéologiques et les datations C14 notamment et utilisent aussi les résultats des travaux issus des sciences de la Terre et du Vivant. Les résultats sont pondérés par la prise en compte de l’évolution du climat qui a pu freiner ou accélérer, selon les périodes considérées, les effets de ce phénomène majeur pour l’histoire des sociétés méditerranéennes. Ils sont aussi à confronter, pour les périodes les plus récentes, aux données historiques et en particulier au passage du système tribal à celui des cités états et à la constitution, à l’époque romaine, d’un empire globalisé. On dispose donc pour le très long terme de marqueurs très précis qui concernent plusieurs régions de Méditerranée occidentale. Il s’agit donc de mettre en perspective, dans la diachronie, une série d’indicateurs matériels quantifiables et de tester divers modèles explicatifs afin de mieux appréhender les logiques de développement des sociétés anciennes.

L’espace méditerranéen est affecté depuis une trentaine d’années par une brutale et profonde mutation qui voit se concentrer sur ses façades littorales une population nombreuse, s’y développer d’imposantes infrastructures économiques et une agriculture intensive tandis que les « intérieurs » subissent une importante désertification. Les conséquences de cette évolution très soudaine sont connues en terme de modifications du milieu mais également en terme de déséquilibres territoriaux dans le développement économique. Il s’agit ici d’apporter des réponses concrètes aux questions posées par ces transformations qui s’opèrent, à l’échelle de l’histoire de l’Humanité, sur un temps très court en examinant, en décrivant et en étudiant les liens qui existent notamment entre l’épuisement des ressources et les activités agricoles, minières et artisanales anciennes, discernables par le biais des enquêtes archéologiques mais aussi en observant les modifications du milieu sur le long terme.

On cherchera donc à appréhender, à travers l’étude de territoires ateliers, quelles ont été les solutions apportées par les communautés du passé pour limiter ou bien s’adapter aux effets de ces phénomènes en privilégiant leurs interactions. Ces stratégies ont pu consister en un déplacement géographique du centre de gravité des territoires exploités, en un changement total de ces activités ou bien à des tentatives d’adaptation, réussies ou ratées, à ces nouvelles conditions. L’ambition est d’apporter des éléments de réflexion en termes de développement durable et d’écologie, aux nouveaux défis posés par l’intensification actuelle de l’occupation de cette partie de la Méditerranée. Elle est également de montrer, grâce à la synergie naturelle avec les autres thèmes de ce projet de Labex, combien l’appréhension des phénomènes historiques est importante pour orienter les politiques actuelles de développement et d’aménagement des territoires.